Conseil et marketing externalisée pour le supérieur et OFA
L’ère dorée de l’alternance est terminée : suite à l’explosion des contrats après 2018, les nouvelles mesures de rigueur de 2025 provoquent un coup d’arrêt brutal des embauches dans le secondaire et une stagnation dans le supérieur. Face à la réduction drastique des aides à l’embauche et à la baisse du financement des formations (NPEC) par France Compétences, les CFA sont confrontés à la fois à une demande affaiblie et à une rentabilité par contrat en chute libre. Cette double pression, combinée à une concurrence féroce des grands groupes soutenus par le capital-investissement, menace la survie des CFA historiques ou de taille moyenne, les obligeant à réformer urgemment leur modèle et leur stratégie marketing.
Avant 2018, la part de l’alternance dans l’enseignement supérieur était marginale. Moins de 204 000 alternants en 2018 sur 2,755 millions d’étudiants : 7%
Alors que les effectifs étudiants ont augmenté de 272 000 entre 2018 et 2025, la part de l’alternance dans le supérieur est passée, sur la même période de 7 % à 23 %. De 200 000 à 700 000 contrats d’alternance (estimation 2025.).
Ramené au seul périmètre de l’alternance, les contrats dans le supérieur, en 2015, représentaient 35% du total. En 2024, c’est 62 %.
Le graphique ci-dessous (Source DEPP/SIES) montre très bien l’explosion du format « alternance » dans la formation professionnelle post bac après cette réforme.
Que s’est-il passé ?
La promulgation de la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, dite « Avenir », libérant la formation professionnelle par alternance en 2018.
Source : poem.travail-emploi.gouv.fr
La croissance continue du nombre de contrats d’alternance marquait déjà le pas au début de l’année 2025, mais restait positive. En septembre dernier, la machine s’arrête nette et passe à la marche arrière. Le volume de contrats (secondaire + supérieur) recule, pour ce mois de septembre, de 0.7 %.
Le Projet Annuel de Performances (PAP) annexé au Projet de Loi de Finances 2025 fixait un objectif de 849 281 nouveaux contrats d’apprentissage pour l’ensemble de l’année (tous niveaux). Pour atteindre cet objectif, environ 158 000 nouveaux contrats devraient être signés entre octobre et décembre 2025. Compte tenu du ralentissement déjà observé, cet objectif est jugé difficile à atteindre par de nombreux acteurs de la formation.
L’Insee prévoit plutôt une perte de 65 000 contrats sur le dernier trimestre de l’année.
Le ciel s’assombrit.
Analysons les données par niveau. Le recul est très marqué dans l’apprentissage secondaire en septembre : -1,8 %, soit une perte de 6 600 contrats.
Croissance du volume de contrats 2024 vs 2023 en septembre : 2,3 %
Croissance du volume de contrats 2025 vs 2024 en septembre : -1,8 %
L’enseignement supérieur, qui représente plus de 62 % des apprentis, reste le principal moteur du dispositif. on observe un fort ralentissement des nouvelles entrées de contrat après la rentrée.
Croissance du volume de contrats 2024 vs 2023 en septembre : 4,9 %
Croissance du volume de contrats 2025 vs 2024 en septembre : 0 %
L’arrêt, et peut-être le recul, s’opère après plusieurs années de croissance très rapide de l’apprentissage, portée par des aides massives qui marquent le pas.
Mais entre temps, il s’est produit un autre phénomène. Si bien que le secteur va transverser une crise inédite. Tout le monde n’y survivra sans doute pas.
Bien que traditionnellement plus résilient, le secteur supérieur subit les contrecoups de la réforme du financement :
Impact du reste à charge employeur : l’instauration d’une contribution obligatoire de 750 € pour les employeurs pour chaque contrat de niveau Bac+3 et plus (niveaux 6 et 7) conclu à partir du 1er juillet 2025 a incité à la prudence les entreprises, notamment les PME.
Réduction des aides : la baisse des aides à l’embauche, réduites de 6 000 € à 5 000 € ou 2000€ selon la taille de l’entreprise, a un impact significatif sur la rentabilité de l’embauche d’un apprenti, même pour les niveaux supérieurs.
Incertitude économique : les écoles supérieures ont rapporté, dès l’automne, une « prudence » des entreprises et une baisse des contrats comparé aux années fastes.
En conclusion, si le nombre total d’apprentis en formation dans le supérieur devrait rester élevé (autour de 62 % de l’effectif global) du fait des contrats pluriannuels en cours, la vague de signatures de nouveaux contrats pour le dernier trimestre est prévue à la baisse par rapport à 2024, en raison de l’impact combiné des mesures d’économie budgétaire et de l’environnement économique incertain.
Pour aller plus loin sur la généralisation de l’embauche d’alternant et le profil des entreprises qui embauchent en alternance : article de La Tribune du 10.12.2025 « La discrète révolution de l’apprentissage comment l’alternance est devenue la voie royale de l’emploi qualifié« .
Les aides à l’embauche financées par l’état sont rabotées, provoquant un recul de la demande des entreprises.
De son côté, France Compétences, qui finance les formations des alternants (via les OPCO – OPérateurs de COmpétences) doit faire face à une envolée du volume des formations depuis 2020 et des recettes qui plafonnent. Il cherche à réduire son déficit structurel. Et l’impact est cette fois-ci sur la production de l’offre : le budget de formation d’un apprenti est en baisse.
Le coût complet des dispositifs d’apprentissage a été multiplié par 3,4 entre 2018 et 2022.
Financement des CFA : le financement des coûts pédagogiques des CFA par les OPCO (sur fonds France Compétences) a grimpé de 6,6 Md € en 2021 et n’a cessé de croître depuis.
Aides exceptionnelles : une grande partie de l’augmentation a été portée par les aides massives de l’État aux entreprises post-crise COVID, qui ont largement démultiplié le recours à l’apprentissage.
Plusieurs mesures ont été prises en 2025 pour tenter de ramener les dépenses (9,7 Md€ pour l’alternance) à l’équilibre :
Ajustement des Niveaux de Prise en Charge – NPEC. Ces NPEC correspondent au coût annuel estimé d’une formation par apprenti. Ils financent le travail pédagogique des CFA. : France Compétences a mis en œuvre des ajustements réguliers des NPEC à la baisse pour certaines formations jugées trop coûteuses, notamment dans le supérieur.
Fin de la prise en charge totale des formations coûteuses : introduction d’un reste à charge pour l’entreprise pour les formations supérieures dont le coût dépasse le NPEC fixé par France Compétences.
Proratisation des financements : le financement des CFA est désormais calculé au prorata des jours réels de formation effectués, et non plus au mois entier, afin d’économiser sur les contrats rompus ou courts.
Face à l’ampleur du déficit de France Compétences et à la nécessité d’assurer la soutenabilité financière du dispositif (on attend un déficit de 885 M€ pour 2025) , le tour de vis sera encore plus serré.
Ajustements 2025 : l’État, nous l’avons vu, réduit l’aide à l’embauche. Impact négatif sur la demande.
Dans le budget total de dépenses 2026 la somme allouée à l’alternance est en recul de près d’1 Md€ : 8,2 Md€ en 2026, contre 9,3 Md€ dans le budget 2025.
Cette somme est principalement mobilisée pour couvrir le coût pédagogique de la formation des apprentis et des alternants via le Niveau de Prise en Charge – NPEC.
Sur les 8,2 Md € prévus :
La croissance exponentielle de l’alternance dans le supérieur a établi un nouveau niveau de dépense très élevé difficilement soutenable pour l’Etat.
France Compétences tente de rééquilibrer les comptes en ajustant les niveaux de financement par contrat, donc en serrant la vis des CFA, tout en maintenant la motivation des entreprises à recruter des apprentis dans le supérieur.
Pas gagné !
La Loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel (2018) a bouleversé le paysage de l’alternance.
Avant 2018, les CFA étaient majoritairement des établissements historiques rattachés à des Chambres de Commerce ou d’Artisanat.
Après 2018, tout organisme de formation (universités, écoles privées, lycées professionnels, etc.) a pu créer son propre CFA ou devenir Organisme de Formation par Apprentissage (OFA), ce qui a provoqué une multiplication spectaculaire des structures.
Voici un tableau illustrant l’explosion du nombre d’organismes de formation habilités à l’apprentissage à l’échelle nationale :
| Année (Situation au 31 Déc.) | Nombre total de CFA (Tous niveaux) |
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| 2018 | 950 | ||
| 2021 | 3500 | ||
| 2022 | 3600 | ||
| 2024 | 3700 |
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Sur les 3 700 CFA actuels, seulement environ un quart (moins de 1 000) existaient avant 2018. ils étaient majoritairement rattachés aux réseaux consulaires, à l’Éducation Nationale ou à des associations professionnelles. Les trois quarts restants (plus de 2 700) sont de nouveaux entrants post-2018, dominés par les organismes privés -groupes d’éducation privés en tête- qui ont capitalisé sur l’ouverture du marché et le financement par coût-contrat.
La réforme a permis aux organismes de formation privés (qui faisaient auparavant uniquement de la formation continue ou initiale) de se transformer en Organismes de Formation en Apprentissage (OFA) ou de créer des CFA « hors les murs ».
Notons que des CFA « internes » ont été montés par des grandes entreprises et des réseaux interentreprises.
Mais le gros des troupes vient des acteurs de l’enseignement supérieur : les écoles de commerce et d’ingénieurs privées ont massivement créé des CFA ou des filières en apprentissage pour capter les financements élevés du supérieur.
À titre d’illustration, dans la seule Île-de-France, le nombre d’organismes de formation proposant l’apprentissage est passé de 140 avant la réforme à 589 en 2023, avec un pic de créations en 2021.
Sale temps pour les acteurs historiques parfois plus fragiles que ces nouveaux entrants.
Calculons un simple ratio : nombre d’apprentis / nombre de CFA (tous niveaux de formation confondus, mais son sait que c’est particulièrement dans le supérieur que ce sont créé les nouveaux OFA).
| Nombre de CFA | Ratio Nb apprentis / nombre CFA | ||
| 2018 | 1000 | 479 | |
| 2022 | 3123 | 329 | |
| 2024 | 3688 | 296 | -38% |
L’offre de formation a augmenté bien plus que le nombre d’apprenants à former (malgré l’explosion d’apprentis) créant une autre source de tension sur les CFA : la concurrence féroce et le risque de baisse drastique des effectifs.
Il est indiscutable que les groupes privés d’enseignement supérieur sont mieux armés financièrement et en terme marketing pour capter les plus grosses part du gâteau.
Ces groupes -français pour la plupart- sont détenus et soutenus par des Private Equity.
| Groupe | Marques principales | C.A. le plus récent | Actionnariat Principal | |
| GALILEO GLOBAL EDUCATION | PSB, Paris School of Business, Strate, Cours Florent, LISAA, Penninghen, Digital Campus, Institut Marangoni (Italie) | 600 – 650 M€ (2024 – France + Europe) |
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| OMNES EDUCATION | INSEEC Grande École, BBA, Sup de Pub, ESD, ISG | 350 – 400 \text € (Estimation) | Fonds d’investissement Cinven | |
| AD EDUCATION | Pôle Léonard de Vinci, École de Condé, EFET iSCOD, Visiplus Academy, ECV, A’sfored edinovo… | 250 – 300 M € (2024 – Estimation) | Fonds d’investissement Ardian | |
| IONIS EDUCATION GROUP | EPITA, IPSA, Sup’Biotech, ISG, E-Artsup, ESME Sudria, ISEG, Mod’Spé | 250 – 300 M€ (2024) | Famille fondatrice (Marc Sellam & Fabrice Bardèche) (Propriété familiale majoritaire) | |
| EDH | EFAP, ICART, EURIDIS, Brassart | 150 – 200 M € (Estimation) | Andera Partners (Fonds d’investissement majoritaire) | |
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Lire Les Echos
Résumons :
Avec le tableau que nous venons de dépeindre, les petits CFA, mais même les CFA de taille moyenne, pourraient se trouver en difficulté. Cela pourrait entraîner une consolidation de l’offre au profit de grands acteurs ou des établissements ayant la capacité d’absorber une baisse de financement unitaire.
On peut imaginer, pourquoi pas, que des CFA indépendants se regroupent et mutualisent leurs frais de fonctionnement. Et en profitent pour renforcer le marketing.
Car si le cœur du métier est et restera la pédagogie et sa qualité, si la capacité financière devient centrale, le marketing est un levier qui ne doit pas rester l’apanage des grands groupes privés.
Un marketing très professionnel, dimensionné à l’échelle de l’établissement, est le moyen de se valoriser auprès des candidats et des entreprises, et d’éviter de décrocher du marché.
Valoriser son ADN, sa philosophie, sa pédagogie. Redonner à voir le fil de son histoire et se projeter dans les formations d’avenir, rationnaliser ses budgets communication autour d’actions à fort levier, automatiser ce qui peut l’être, fluidifier le parcours des candidats, améliorer l’expérience des étudiants, entretenir des relations continues et riches avec les entreprises locales, se reposer la question de l’efficacité des actions menées jusque là…
Les temps vont être très durs ? C’est justement le moment de rationaliser et de se réinventer.
Parlons-en, contactez-moi.
PS: pour aller plus loin sur le projet de loi de finance, volet alternance, et plus particulièrement le financement de France Compétence : voir le rapport sénatorial déposé en novembre 2025